De fin 2027 à 2031, le Symbhi* engage 86 millions d’euros de travaux pour redessiner le lit du Drac et protéger l’agglomération grenobloise d’une crue bicentennale. Et si, à l’aune du réchauffement climatique, ce vaste chantier était aussi l’occasion de rendre la rivière accessible aux habitants ?
Depuis le XVIIe siècle, le Drac est enfermé entre des digues pour contenir ses crues, évacuer rapidement les eaux et sécuriser le bassin de vie grenoblois. Une politique de contrôle de la rivière qui a tenu la population à l’écart du cours d’eau. « L’espace est complètement cadenassé depuis cette époque », confirme Denis Cœur, historien, spécialiste de l’aménagement des territoires et des risques naturels. L’accident du Drac de 1995, provoqué par un lâcher de barrage, a renforcé cette logique de restriction des usages. Pour les collectivités, interdire l’accès permet de limiter leur responsabilité. Mais le contexte climatique change la donne. Avec des épisodes de chaleur plus fréquents et plus intenses, la rivière devient un espace de fraîcheur recherché, et l’accès à l’eau un nouvel enjeu. Après des siècles consacrés à contenir et évacuer l’eau, il faut désormais considérer « les services systémiques » que peut offrir un cours d’eau en pleine ville pour le bien-être des habitants.
Une demande sociale
« On pense que l’activité baignade est un très bon axe de réflexion. On ne peut pas simplement avoir une gestion de plombier et dire aux gens “regardez l’eau”, sans favoriser le plaisir d’avoir une relation sensible avec la rivière », estime Jacques Pulou de l’association France nature environnement. « L’avenir de nos rivières doit être imaginé en prenant en compte les besoins des habitants. On ne peut pas traiter par la dérision la demande sociale », poursuit-il en référence aux polémiques autour du projet de baignade dans l’Isère. Ce souci de l’accès à l’eau ne date pourtant pas de la nouvelle municipalité grenobloise. Des années 1990 à 2015, des réflexions portaient déjà sur la mise en valeur des berges et des digues du Drac et de l’Isère ainsi que sur l’accès à des îlots de fraîcheur, notamment à travers les projets Pic Urban et Mikado. La baignade nécessite cependant des précautions et des mesures supplémentaires pour concilier accès au cours d’eau, sécurité des habitants et protection des milieux. Pour Jacques Pulou, la réponse passe par un accès encadré. « On peut conjuguer les deux. Certaines zones pourraient rester protégées, tandis que le public accéderait depuis les futures digues à des secteurs aménagés. » Le principal obstacle ne serait pas nécessairement la qualité bactériologique. Jacques Pulou pointe plutôt les variations de débit liées à la gestion hydroélectrique du Drac. « C’est l’hydroélectricité qui pose le problème de la sécurité. Mais aujourd’hui, avec le changement climatique, c’est impossible d’avoir les rivières confisquées à cet usage unique. » La future transformation du Drac constitue ainsi une occasion de tester une autre relation au cours d’eau avec une idée simple : une rivière urbaine peut aussi être un espace à vivre.
* Syndicat mixte des bassins hydrauliques de l’Isère
À voir, à faire
Dans le cadre d’une semaine de sensibilisation, le Symbhi propose quatre sorties nature sur des sites emblématiques du Drac pour découvrir ce patrimoine hydraulique et évoquer les enjeux de préservation et de protection. Samedi 10 octobre à Fontaine et mercredi 14 à Seyssinet-Pariset (deux sessions par jour à 10h et 14h). Par ailleurs, Denis Cœur et Jacques Pulou donnent une conférence intitulée L’Évolution du Drac et sa biodiversité au cours du temps mardi 13 octobre à 18h30 à Cosmocité.
Photo © Dupont Renoux