Robert Guédiguian et Ariane Ascaride, mais également Pauline Bastard, Ana Vaz… C’est une belle série de rencontres que propose ce mois-ci la Cinémathèque de Grenoble pour entamer sa nouvelle saison dédiée aux « poésies de l’ordinaire ».
C’est évidemment l’un des gros temps forts de la rentrée. Pour son ouverture de saison, la Cinémathèque de Grenoble invite Robert Guédiguian et Ariane Ascaride le temps de quatre séances (dont une en plein air) et d’une rencontre avec le public. Au programme, les deux premiers volets de sa trilogie des Contes de l’Estaque (L’Argent fait le bonheur et Marius et Jeannette) qui ont durablement installé l’univers du cinéaste auprès du grand public dans les années 1990, mais également Marie-Jo et ses deux amours, sorti au début de la décennie suivante, et enfin le plus contemporain Gloria Mundi, sorti en 2019. Les marqueurs du cinéma de Guédiguian, on les connaît : ancrage à gauche toute, même « troupe » d’acteurs que l’on retrouve de film en film, attachement à Marseille et au quartier de l’Estaque, défense sans faille des classes laborieuses dont il est lui-même issu… Mais pour amorcer un nouveau cycle dédié aux « poésies de l’ordinaire », on n’aurait guère pu trouver meilleur parrain.
À la marge
C’est dans un registre radicalement différent qu’officient deux autres cinéastes invitées en septembre : dans Bonne Journée de Pauline Bastard, tourné dans le magasin et l’entrepôt du centre Emmaüs de Grenoble, on suit un petit groupe de travailleurs et de travailleuses qui décide de valoriser les articles par la photo et la vidéo en reproduisant les codes de la publicité. On n’en sait guère plus mais on est intrigués. On a en revanche déjà vu l’un des deux films programmés de la réalisatrice brésilienne Ana Vaz, qui nous a laissés littéralement subjugués. Expérience sensorielle d’une folle intensité, quelque part entre cinéma expérimental, film documentaire et « éco-terreur » (pour citer la cinéaste), Il fait nuit en Amérique, sorti en 2022, suit les pérégrinations nocturnes d’animaux sauvages dans la ville et le zoo de Brasília. Baigné dans une obscurité bleutée, le film enchaîne plans rapprochés sur la faune et plans larges sur le paysage urbain, nous plongeant dans une sorte d’outre-monde spectral et mystérieux qui reste durablement en mémoire.
Photo © DR