Un jour, on fera tout comme Anika. On enverra valdinguer ce métier de journaliste pour embrasser enfin la belle carrière d’artiste qui couve dans pas mal d’estomacs de chroniqueurs culturels (aveu pieux). Anika Henderson, elle, donnait dans le journalisme politique à Berlin – loin, a priori, des clubs punks aux vapeurs troubles – avant de sortir un premier album éponyme en 2010. Un enregistrement post-punk glacé, où sa voix déraillait gentiment de la tonalité sur une base rythmique flirtant, contre toute attente, avec le dub des origines – totalement anachronique.
Après ce coup d’éclat, Anika prend son temps. Elle fonde Exploded view (trio basé à Mexico), multiplie les collaborations, soigne son apprentissage… et son futur disque. Sorti en 2021, Change prend le contre-pied de l’opus précédent : plus chaleureux, plus foisonnant, plus mélodieux, plus rond, plus pop, plus tout. Anika y chante la volonté de pouvoir (Rights) et le désir d’expression (Freedom), prémices de l’album suivant. Car Abyss (2025), qui bascule cette fois dans le rock le plus pur, tourne autour d’un même thème : l’impossibilité d’être libre, pleinement libre, face à la droitisation fulgurante et vertigineuse de notre époque sans issue. Une révolte qui s’accompagne donc d’un retour aux guitares, au grunge des années 1990, au son d’une enfance révolue. Lorsque tout était encore possible. / HV
Photo © Nastya Platinova