Le festival d’art de rue Merci, Bonsoir ! célèbre ses 10 ans cette année. Un petit miracle que cet événement à prix libre, porté par l’association Mix’Arts et le Prunier Sauvage, où se côtoient toutes les disciplines du spectacle vivant.
/ Par Hugo Verit
Lancer un festival ambitieux autour des arts de rue (parent pauvre du spectacle vivant) à Grenoble, c’était courageux. Renoncer à la billetterie et miser sur le prix libre pour rendre l’événement accessible au plus grand nombre, c’était fort périlleux. Assumer une programmation farouchement politique et militante (et pas dans le camp le plus en vogue ces dernières années), c’était plus qu’honorable. À la veille des dix ans du festival Merci Bonsoir !, l’association Mix’Arts peut se réjouir : le pari est réussi. Tenir une décennie, dans un contexte où l’argent public fond comme neige sur Belledonne, ça mérite quelques applaudissements ! Inclinons-nous alors, chapeau bas, comme le personnage à crête qui ornait l’affiche du festival en 2017.
Après deux premières années à la Bifurk, puis une autre en itinérance, Merci, Bonsoir ! s’implante au parc Bachelard en 2018. Un immense écrin de verdure, si agréable aux dernières lueurs estivales, idéal pour déambuler de spectacle en spectacle, de « pastille » en « pastille », avant le grand rassemblement, nuit tombée, devant quelque concert pêchu. Voilà une formule qui fonctionne, et qu’on a hâte de retrouver cette année pour une dixième édition bien riche. Si l’on n’a pas pu voir les œuvres en amont (lorsqu’on aura les moyens, promis, on enverra un.e journaliste en reconnaissance aux festivals de Chalon et Aurillac), nous avons tout de même épluché méthodiquement la programmation. Alors, entrons dans le vif du sujet.
Le moi décolonial
Sujet vif, justement, pour La France, Empire, le spectacle qui nous attire le plus cette année. Soit une sorte de conférence à propos des crimes perpétrés par la France coloniale, et surtout de l’omerta qui règne dans notre pays autour de cette question. Plutôt que de se laisser séduire par l’autoglorifiation de notre nation si progressiste et républicaine, le comédien Nicolas Lambert préfère souligner quelques faits afin de remettre l’histoire à l’endroit et de confronter les Français à cet héritage… Car, « pour tourner la page, il faut la lire », dit-il avec justesse.
Sujets plus tendres, ensuite, avec L’Arrière-Pays (photo), retour halluciné et dangereux sur les terres de l’enfance, et L’Art d’accommoder les restes, concert marionnettique en hommage à la vieillesse, visuellement troublant. Côté cirque, toujours bien représenté au festival, on a également repéré le trio 15feet6 et son League & Legend consacré au sport. Avec quelques accessoires seulement, la compagnie parvient à mimer mille disciplines (du tennis à l’escrime en passant par le saut en hauteur), prétexte bien sûr à de multiples acrobaties. Ingénieux et sans esbroufe.
Et toutes ces journées de découvertes se termineront donc devant la grande scène musicale. Au programme, un certain Didier Super, récemment revenu aux guitares électriques, Madam et ses riffs purement rock, l’électro-cumbia très 2025 de Calle Mambo, le chanteur malgache Damily… sans oublier Bøl, groupe de transe cuivrée, emblématique de l’esprit Merci, Bonsoir !.
Photo © Magali Dougados