On avait déjà évoqué cette date dans notre numéro de rentrée culturelle (septembre 25), mais l’article était alors bien trop court. Du coup, étoffons, étoffons…
Homme de virgules aux phrasés happants, Bertrand Belin est un musicien de talent et un écrivain affranchi. Sur scène, les promesses sont tenues : il incarne ses vers et fait désormais partie de ces paroliers qui ont gagné les galons d’une prose intemporelle. Oscillant entre chanson à textes et pop éthérée, on le compare volontiers à quelques Bill Callahan, Nick Cave ou Alain Bashung. Une voix profonde, suspendue à l’horizon.
Et contrairement à ses dires, Bertrand Belin n’a pas « le ventre à terre » : il dépeint la ville, le temps, les singularités humaines. Autour de personnages hauts en couleur (de l’ours qui fume à Vicky, de la Figure, du nom d’un de ses livres, aux maîtres chiens), le chanteur dandy demeure le garde-fou des vilenies transmissibles et transforme la figure du père en terrain de digressions permissives. En redéfinissant le fatalisme, il le rend pop et discutable. Car Bertrand Belin a ce pouvoir : allonger le temps tout en le rendant fugace.
La déambulation fait ici la part belle à l’introspection, et même si son dernier album Watt connaît une légère baisse de souffle (considération toute personnelle, ma foi), pas d’inquiétude, le bémol est moindre. Homme de collaborations (The Limiñanas, Laurent Bardainne, pour ne citer qu’eux), il sait s’entourer et invite ici son comparse Rodolphe Burger sur la chanson éponyme. Reste au demeurant une attente impatiente de partager une part d’intimité du dandy, un bout de scène, un bout de salle dans un « méandre de la cité » : La Belle Électrique.
C’est le sensible Stéphane Milochevitch, anciennement Thousand, qui officiera pour une première partie des plus exigeantes. Autour d’une pop magnétique, il réussit le pari d’allier sincérité et légèreté, et nous transporte dans des instants d’écoute rêveurs et introspectifs. / CS
Photo © Héloïse Esquié