Théâtre

En ce bas monde

/ Par Aurélien Martinez

« Qu’est-ce qui va se passer le jour où on ne pourra plus encaisser ? » Effie est une jeune femme cabossée qui vit à Splott, un quartier précaire de Cardiff, au Pays de Galles. Si son quotidien est empli d’alcool et de drogue, béquilles d’infortune pour oublier sa situation, elle n’est pas anesthésiée, loin de là. « Mon corps qui bouillonne, toute cette putain d’énergie dont je ne sais pas quoi foutre », s’exclame-t-elle face au public. Alors elle va parler, beaucoup, et se livrer sur sa vie… Sur le plateau, la comédienne Gwendoline Gauthier est Effie. En bonnet et survêtement, elle happe l’assistance, la défie, pour ne plus la lâcher pendant l’heure et demie de représentation. Elle est littéralement magnétique ; aspect renforcé par le trio de musiciens qui l’accompagne pour non pas illustrer ses propos mais les sculpter, en jouant avec les rythmes, les montées, les cassures, en convoquant des paysages sonores, des ambiances marquantes… La mise en scène du Belge Georges Lini est tout entière construite autour de ce quatuor, et notamment de son actrice, boxeuse comme projetée dans un ring invisible. « Vous là. Calés dans vos sièges, tranquilles, à attendre que – quoi ? Que je vous impressionne ? Que je vous épate ? Que je vous montre ce que j’ai dans le bide ? Eh ben, les mecs et les meufs, mesdames et messieurs – ça va pas le faire. »

MYTHE ANTIQUE

Pièce de 2010 du dramaturge gallois Gary Owen, lui aussi passé gamin par le quartier de Cardiff et dont l’écriture se confronte souvent au réalisme social, Iphigénie à Splott est une réactivation du mythe antique de cette jeune fille innocente que son père imaginait sacrifier afin de pouvoir se lancer dans une guerre. Mais loin de la résignation, l’Iphigénie d’Owen se débat avec ardeur, entre autres contre un homme a priori salvateur qui s’avérera tout autre, donnant au récit un tournant inattendu et bouleversant. Sorte de drame à la Ken Loach balancé sur un plateau de théâtre, Iphigénie à Splott, grand succès en Belgique où il a été créé en 2023 puis, la même année, au off du Festival d’Avignon, est de ces spectacles humbles dans leur forme qui marquent par leur intensité. Une tragédie post-rock organique qui, certes, raconte habilement (et avec des touches d’humour) une histoire poignante, mais surtout alerte sur l’état de nos sociétés, sur ces mondes abandonnés peuplés pourtant d’êtres tout autant humains que les autres… Voire plus, au vu de la dernière scène de la pièce qui éclaire magnifiquement son titre.

Photo © Debby Termonia

IPHIGéNIE à SPLOTT

Jeudi 13 mars à 20h

L'Heure Bleue (St-Martin d'Hères)

Vendredi 14 mars à 20h

L'Odyssée (Eybens)

De 5€ à 17€

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