Mêlant deux approches artistiques complémentaires, l’installation numérique et la performance audiovisuelle, le festival DNA est de retour pour une huitième édition qui, sur le papier, semble tout aussi séduisante que les précédentes. Avec en spectacle inaugural, un curieux objet convoquant le théâtre, le surréalisme, le jeu vidéo et d’empoisonnants captchas – le bien nommé « Tryhard » .
/ Par Hugo Verit
« Sélectionnez toutes les images montrant une MOTO. » Et voilà qu’au lieu d’accéder au site internet désiré, on se retrouve à cocher des photos moches et pixelisées de motards ou de scooters (d’ailleurs, ça compte les scooters ?) afin de prouver à un robot… qu’on n’est pas un robot. Ce petit module informatique agaçant s’appelle un captcha, test d’authentification pouvant prendre plusieurs formes (simple clic, réécriture de caractères ou, donc, pointage de motos et autres feux tricolores). L’artiste Samuel Hackwill en a fait la matière principale de sa performance participative Tryhard, programmée en pré-lancement du festival grenoblois d’art numérique DNA (jeudi 21 mai au cinéma Juliet-Berto) : « Les captchas, c’est quelque chose que tout le monde connaît, quelque chose du quotidien. Il me semblait intéressant de le détourner et d’en exagérer les logiques à la manière des surréalistes. » En effet, à force de cocher des deux-roues flous, on finit par perdre de vue l’incongruité de la situation : « Un captcha est un test de Turing inversé, c’est-à-dire une machine qui teste notre humanité. Une expérience propre à créer un vertige, un certain malaise. » Durant les 50 minutes de Tryhard, Samuel soumet au spectateur, muni d’une souris, un enchaînement de captchas drôles et cocasses, soulignant ainsi ce qui nous rendrait profondément humain à une époque où les machines – l’IA en particulier – nous ressemblent de plus en plus. Ce spectacle philosophico-absurde bascule ensuite petit à petit dans une partie de jeux vidéos collective pour 56 joueurs cliquant à tout rompre.
Let’s dance
Un bel avant-goût de ce qui nous attend lors de cette huitième édition du festival DNA, toujours passionnant à suivre pour qui s’intéresse à l’art-science et à tout un courant artistique utilisant la technologie pour mieux la questionner. Un événement qui se décline, comme chaque année, en deux parties. D’abord, vendredi et samedi soir, des performances au Musée dauphinois : l’autofiction de Denis Dedieu sur fonds d’écran Windows inquiétants, les lives audiovisuels électro de Thom B et S8JFOU ou le duo Nicolas Canot / Romain AL qui délivre une performance ambivalente à voir en vrai… et sur smartphone simultanément (quel medium privilégierez-vous ?).
Une exposition ensuite, dans tout le quartier Saint-Laurent, avec une petite dizaine d’installations variées. Cette année, on y croisera une œuvre sonore et sculpturale pour bactéries bioluminescentes (Luciférine), une manette de jeu vidéo transformée en instrument musical (Healing notes), une envoûtante plongée subaquatique à base de mapping intitulée Sous le fleuve ou une mystérieuse installation de Jeannie Brie nommée selon un célèbre tube de David Bowie, Let’s dance for fear tonight is all…
Photo © Jeannie Brie