Comment programme-t-on une saison entière de films autour du thème de la folie ? Eh bien en la décomposant en une multitude de petits cycles thématiques comme le propose actuellement la Cinémathèque de Grenoble. Avec « Folles à lier ! », cette dernière nous suggère ainsi d’interroger « la manière dont le cinéma construit la folie féminine » à travers quatre œuvres bien distinctes. Aux côtés d’Un ange à ma table de Jane Campion et Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel de Laurence Ferreira Barbosa, on redécouvrira ainsi avec délice le tétanisant Rebecca (photo) d’Alfred Hitchcock, splendide conte gothique d’une beauté vénéneuse adapté d’un roman de Daphné du Maurier. Une séance présentée par Adèle Yon, chercheuse en études cinématographiques et autrice d’un essai paru en début d’année aux Éditions du sous-sol (Mon vrai nom est Élisabeth), dont on a beaucoup, beaucoup entendu parler cette année.
À ne pas manquer non plus, l’incroyable Wanda de Barbara Loden, œuvre pionnière du cinéma indépendant américain, réalisée en 1970 avec un budget famélique et une majorité d’acteurs non professionnels en plein cœur de la Pennsylvanie rurale. Largement improvisé, le film dresse le portrait d’une jeune femme démunie, totalement apathique, se laissant dériver sans but ni fin au gré des événements. Radical, audacieux et sans compromis, Wanda se pose en antithèse complète du traditionnel récit initiatique : son anti-héroïne n’évolue pas, ne progresse pas, n’apprend pas et reste inchangée en dépit des situations qu’elle traverse. Et c’est peut-être justement pour cela qu’elle reste aussi durablement ancrée dans nos mémoires. / DG
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