2008. Après un congé maternité puis parental de cinq ans, une employée retrouve son poste au sein de la crèche Baby Loup située à Chanteloup-les-Vignes, dans les Yvelines. Mais le foulard qu’elle porte pose cette fois problème à son employeuse, au nom du règlement intérieur et de la laïcité. S’ensuit une longue procédure judiciaire entre la salariée et la structure, surnommée l’affaire Baby Loup lorsque le conflit rencontre un retentissement national.
Éducation, pédocriminalité, euthanasie… Avec son arme qu’est l’écriture théâtrale, l’auteur François Hien aime embrasser des enjeux de société dans des pièces très éloignées du seul didactisme qui pourrait s’y prêter. Avec l’affaire Baby Loup, il remonte ainsi l’engrenage qui a conduit à l’immense polémique, en transformant les deux femmes en personnages de théâtre et en convoquant également toute une série d’intervenants extérieurs, le temps parfois d’une seule scène les plaçant dans le rôle de simples commentateurs, voire de récupérateurs.
Incarnée par une distribution éclatante de neuf comédiennes, son aventure de trois heures (avec entracte) laisse alors les différents arguments se développer, façon théâtre-documentaire, même si François Hien a forcément eu recours à la fiction pour élaborer des dialogues précis, percutants. Jamais donneur de leçons tout en livrant en filigrane un point de vue clair (notamment sur le jusqu’au-boutisme de certains partisans d’une laïcité rigoureuse), son spectacle est absolument passionnant tant dans le fond que dans la forme, tels une série à rebondissements ou un épisode de l’émission de France Inter Affaires sensibles. Et fait magnifiquement confiance à l’intelligence du public-citoyen. / AM
Photo © Ardestan Barouti Yassaman