Théâtre

"L'Abolition des privilèges" : la Révolution comme si vous y étiez

/ Par Aurélien Martinez

« Aujourd’hui, les militants d’extrême droite croient davantage en leurs idées et en ce vent de l’histoire qui les porte que n’importe quel militant de gauche quand il prononce cette phrase un brin éculée : un autre monde est possible. » Ce constat, le metteur en scène et auteur Hugues Duchêne l’a dressé il y a quelques années alors qu’il terminait sa grande fresque de théâtre-documentaire Je m’en vais mais l’État demeure sur les évolutions politiques de la France contemporaine. « Et ce constat m’a posé un problème politique fort », poursuit-il ; problème qui sera résolu presque par hasard par une plongée inattendue dans le passé.

Début 2022, le romancier Bertrand Guillot publie L’Abolition des privilèges, récit sur la fameuse nuit du 4 août 1789 qui, au début de la Révolution française, démantela le système féodal. Un soir à la fin d’une représentation de Je m’en vais mais l’État demeure, il offre son livre à Hugues Duchêne en pensant que le sujet pourrait l’intéresser. Bonne idée. Ce dernier, à la recherche d’un prochain sujet de spectacle, trouve dans cette matière centrée sur le passé l’espoir qu’il voyait difficilement dans le présent.

« Performance circassienne »

« Cette histoire, avec une unité de temps, de lieu et d’action, j’ai tout de suite eu envie de la raconter au théâtre », se souvient le metteur en scène. Il décide très vite que la forme sera celle du seul-en-scène avec un interprète qui campe tous les personnages au cœur du public réparti façon Assemblée nationale constituante. Il fait alors appel au comédien Maxime Pambet, notamment pour son jeu. « Je voulais un acteur dont je savais qu’il était physique, qu’il suait beaucoup… Je lui ai demandé d’être, en quelque sorte, plus proche d’une performance circassienne que du simple monologue. Je voulais que ça bouge autant que ça parle, que ce soit fatigant… » C’est réussi, tant Maxime Pambet donne corps et voix avec intensité à toutes ces personnalités qui ont changé l’histoire française.

Mais Hugues Duchêne est un enfant de son époque, qu’il veut également interroger. D’où le fait que cette « Nuit magique comme le chantait Catherine Lara dans les années 1980 ! » se prolonge au présent, et avec lui, dans la deuxième partie du spectacle afin d’analyser comment la notion de privilèges a évolué au fil des siècles. « Qu’est-ce qu’un privilège ? Qu’est-ce qu’il faudrait abolir aujourd’hui ? Ce sont des questions que je mets sur le plateau mais auxquelles je ne veux pas trop répondre pour ne pas mâcher le travail du public. Même si je cherche à aiguiller leur réflexion sur des enjeux sociaux, sociétaux, écologiques... »

Spectacle malin et passionnant, L’Abolition des privilèges rencontre un important succès depuis sa création en 2024 – il comptera plus de 200 représentations à la fin de la saison. Il est tellement demandé que l’équipe a dû mettre sur pied deux autres distributions. À Grenoble, ce seront bien Maxime Pambet et Hugues Duchêne aux commandes pour, comme le résume le second, et malgré l’époque anxiogène, démontrer qu’« il y a la possibilité de se dire qu’à un moment, ça ira mieux ».

Photo © Blokaus 808

L'ABOLITION DES PRIVILèGES

Vendredi 24 avril à 14h30, 20h

TMG - Théâtre 145 (Grenoble)

De 5€ à 16€

CHRONIQUES CULTURE

À la guitare, une fois que l’on maîtrise Wonderwall et Creep, on peut se frotter à Hallelujah de Leonard Cohen ...

Quand un comédien plonge dans le passé, direction la nuit du 4 août 1789 qui mit fin aux privilèges féodaux, ...

Pas facile de résumer plus d’un siècle de création BD en une seule exposition, c’est pourtant ce que parvient à ...

« Dans ce spectacle, Rosa poursuit son récit sur la quête amoureuse et creuse ses contradictions de mauvaise féministe, de mauvaise ...