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L'Ampérage en difficulté : « Cette salle est un bien commun ! »

/ Par Hugo Verit

Pouvez-vous nous rappeler l’histoire de l’Ampérage en quelques mots ?

Cette salle culturelle, installée dans les anciennes tanneries du quartier Chorier-Berriat, est née à la fin des années 1990. Elle s’appelait alors l’Adaep et il s’agissait déjà d’un lieu associatif avec une programmation (des bals folks, des concerts, des conférences…). En 2008, l’association Le Stud a repris les lieux pour fonder l’Ampérage tel qu’on le connaît aujourd’hui. C’est un modèle basé sur la coopération et la mutualisation, un véritable bien commun qui accueille des structures pour leur permettre de produire leurs propres soirées en bénéficiant d’un accompagnement technique, administratif et logistique professionnel. C’est un lieu d’éducation populaire et un incubateur pour de nombreuses associations, collectifs, et artistes du territoire. Plus de 40 % de la programmation est régionale, ce qui fait de l’Ampérage un soutien majeur de la scène émergente.

Vous avez donc un modèle unique à Grenoble pour une salle de concert : pas de programmation propre mais un système de mise à disposition de votre équipement à d’autres structures. Comment cela fonctionne-t-il ?

Nous proposons trois formes d’accompagnement : la co-réalisation, un soutien logistique complet (billetterie et administration) ; la mise à disposition classique qui s’adresse aux structures déjà autonomes sur leur billetterie et leurs obligations juridiques, mais qui bénéficient de tout notre cadre technique ; la mise à disposition solidaire, soit un tarif « coup de pouce » pour soutenir les projets émergents ou les rendez-vous historiques comme les open mics ou les Informelles. Afin defaire vivre ce projet, nous demandons une contribution aux coûts techniques allant de 163€ pour le secteur associatif émergent jusqu’à 600€ pour les partenaires autonomes.

Il y a quelques mois, vous avez tenu à nous alerter car ce modèle économique s’essouffle dangereusement. Pour quelles raisons ?

Nos ressources sont les recettes du bar (42 %), les subventions (26 %) et la billetterie (32 %) mais celle-ci est en partie reversée aux associations. Le modèle repose ainsi essentiellement sur le bar, et la diminution du pouvoir d’achat entraîne une baisse de la consommation, (-20 % en 2025 par rapport à 2024). Comme l’Ampérage se fonde sur la coopération et la redistribution, cela met vraiment en tension le modèle économique et la trésorerie. L’équilibre étant déjà tendu depuis plusieurs années, la moindre houle devient très impactante. Il y a aussi eu des investissements nécessaires il y a quatre ou cinq ans pour maintenir la qualité d’accueil et ces efforts sont devenus de plus en plus difficiles à absorber.

Ce qui aurait pu avoir des conséquences dramatiques puisque l’Ampérage a failli mettre la clé sous la porte l’été dernier… Comment êtes-vous parvenus à éviter le naufrage ?

D’abord, il a fallu sécuriser la trésorerie en recherchant des aides d’urgence. Ce qui nous a sauvés, c’est une aide exceptionnelle du Centre national de la musique (CNM) dédiée à la sauvegarde des structures en danger. Ces 108 000€ nous ont permis de remettre à flot la trésorerie et d’absorber les déficits. À l’heure où l’on parle, on est sereins à court terme puisqu’on est sortis de l’urgence, mais pas à long terme car le modèle économique, basé sur le bar (devenu trop aléatoire), n’est pas viable.

Quelles autres actions avez-vous mises en place une fois la tempête passée ?

En interne, nous nous sommes dotés de nouveaux outils qui permettent de nous projeter financièrement et surtout d’anticiper. Et puis il y a eu quelques ajustements, comme l’augmentation des tarifs du bar afin de rééquilibrer les marges face aux produits vendus. On a aussi augmenté les contributions de mise à disposition de la salle, sans appliquer tout de suite ces hausses car il était nécessaire d’avoir un temps d’échange avec les associations et les partenaires afin de s’assurer que cela ne les mettait pas en danger. Un gros travail a par ailleurs été engagé sur l’identité du lieu, notamment l’identité visuelle avec, entre autres, une refonte de notre site internet. Enfin, on a démarré un Dispositif local d’accompagnement (DLA), un parcours d’aide proposé aux structures de l’économie sociale et solidaire qui permet une réflexion collective (avec toutes les parties prenantes de l’asso) sur le futur du projet. Deux temps de restitution de ce DLA sont prévus au printemps, c’est-à-dire une présentation des scénarios imaginés et sans doute une chronologie des actions envisagées.

Justement, quelles sont les pistes de réflexion pour réinventer et pérenniser l’Ampérage ?

Cela passe d’abord par de nouvelles manières d’aborder le culturel et une réflexion sur les concepts d’événements. On va par exemple proposer des soirées 100 % sans alcool avec Le Comptoir des arts. On est aussi en train d’imaginer des siestes sonores organisées le dimanche après-midi, ce qui pourrait s’inscrire dans une programmation propre à l’Ampérage, constituée d’événements produits par l’Ampérage, avec une identité forte.

Ensuite, il y a tout un axe autour du réaménagement des locaux. En premier lieu, l’espace extérieur pour le rendre plus accueillant. C’est un vrai besoin, surtout si l’on prévoit d’ouvrir le dimanche après-midi. À plus long terme, on étudie aussi la possibilité de délocaliser le bar dans l’espace où se trouvent actuellement les vestiaires, ce qui permettrait de gagner en fluidité, d’augmenter un peu la jauge et de préserver les serveurs qui, actuellement, travaillent en face du son.
En parallèle, on souhaiterait rayonner un peu plus sur le territoire. On aimerait développer de nouveaux partenariats, comme on va le faire l’an prochain avec l’Hexagone. On s’est aussi demandé pourquoi on ne participerait pas aux Détours de Babel par exemple.
Et enfin, on réfléchit à de nouvelles manières de soutenir le projet en facilitant les possibilités de dons. On a d’ailleurs la volonté de lancer une campagne de dons dans quelque temps.

Quelques événements phares à nous conseiller pour terminer ?

Notre prochain temps fort, c’est la soirée 100 % bénévoles (intégralement organisée par les bénévoles) le 7 mai avec des tremplins, DJ sets, performances, groupes locaux. On recommande aussi d’aller aux open mics de l’association Pied Mère, qui ont lieu tous les premiers mercredis du mois, pour assister à de toutes premières expériences de scène, c’est hyper émouvant ! Et à part ça, on vous invite aussi à aller écouter notre émission mensuelle Multiprises sur Radio Campus et à découvrir nos ateliers « DJing et culture musicale ».

Photo © Éloïse Mahieux

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