L’hiver étant particulièrement rude cette année, on a décidé de revenir aux fondamentaux. Voici nos bons plans pour un instant de réconfort autour d’une spécialité de fromage fondu. Suivez la guide !
/ Par Pascale Cholette
Les fêtes sont finies et les vacances aussi, on a même terminé les galettes de l’Épiphanie. À quoi désormais raccrocher ses papilles pour s’extirper de la torpeur de janvier, et survivre au blue monday ? Les scientifiques l’ont paraît-il démontré, mais on l’a surtout largement éprouvé : le fromage fondu contribue à procurer un plaisir immédiat et sûr, qui rassérène en plein cœur de l’hiver. La capitale des Alpes regorge d’atouts pour décompenser en s’offrant un plat dégoulinant. On a fait le tour des meilleurs plans.
Trouver la crème de la crème
L’incontournable, la référence absolue, la fromagerie des Alpages. L’établissement de la rue de Strasbourg est une véritable ruche qui grouille toujours de monde, indissociable de son chef très médiatique qui cumule les titres (Meilleur ouvrier de France et champion du monde des fromagers) : Bernard Mure-Ravaud. Le personnage divise (on n’est pas foncièrement fan des présidents avec qui il pose fièrement sur les photos encadrées) mais sa fondue cinq fromages est tout bonnement la meilleure qu’il nous ait été donné de manger, et c’est indiscutable. Composée d’un mélange de comté, beaufort, vacherin fribourgeois, gruyère suisse et emmental, elle est d’un équilibre parfait et d’une onctuosité sublime. On n’a, de surcroît, jamais réussi à la rater, et son prix de 9,20€ par personne rivalise avec le commun des fromageries, pour une qualité souvent bien supérieure. Les employés de la boutique sont particulièrement affables et peu avares de conseils, il faut en profiter : c’est donc aussi l’endroit idéal pour composer un plateau de fromage, et se laisser guider vers des sommets de délice insoupçonnés.
Autre quartier, autre ambiance : la fromagerie La Ferme du Tartarin est établie rue Nicolas-Chorier, au début du quartier Saint-Bruno. Traditionnelle et bien achalandée, elle propose notamment un large choix de saveurs dans les fromages à raclette, à des tarifs compétitifs qui vous feront éradiquer définitivement les vieilles barquettes plastifiées ! On y a aussi trouvé (diantre, il faut parfois un peu diversifier les plaisirs) un mont d’or d’excellente qualité.
Non loin, on recommande enfin d’aller faire un tour chez Tout un fromage, notamment pour leur raclette d’une belle finesse et la bonne humeur (pince-sans-rire) du gérant des lieux.
Fromagerie Les Alpages
4, rue de Strasbourg
La Ferme du Tartarin
2, rue Nicolas-Chorier
Tout un fromage
99, cours Berriat
Oui ma sœur, j’ai péché
À Confesse, véritable institution grenobloise, le péché de gourmandise fait foi depuis plus de cinquante ans ! Dans ce petit établissement proche des quais, rue Saint-Laurent, les fondues sont les spécialités avouées de la maison, avec des créations totalement fifolles, telle la Benedictus ultra locale avec du vin de noix et du saint-marcellin… Le fromage fondu est aussi à l’honneur au sens large, et de toutes les façons imaginables sur une longue carte aux noms d’alcôve, ou de sheitan. Si vous pensiez vous en sortir un peu plus léger avec une salade, que nenni ! Elles sont aussi généreusement agrémentées. Des versions chocolatées des fondues sont également à la carte pour rester dans le thème. C’est définitivement l’endroit idéal pour aller s’échouer en paix après un week-end chargé, ou plus sportif sur les pistes. Pour impressionner votre date de Brest, l’entrée des lieux se fait à travers la cabine d’un véritable confessionnal (mais méfiez-vous tout de même, le restaurant propose aussi des crêpes et des galettes !). Bon à savoir, c’est ouvert le dimanche et le lundi soir.
À Confesse
27, rue Saint-Laurent
Vivre la raclette
On vous l’accorde, surtout si vous traînez vos guêtres depuis un certain temps dans la région (et que vous vivez donc tout l’hiver avec l’appareil à raclette immobilisé sur la table de la cuisine) : il paraît complètement surréaliste d’imaginer commander une raclette au restaurant. Un prix prohibitif et une absence totale de bénéfice liée à l’inexistence de la cuisine. Mais tout cela réfère à un succédané parodique qui n’a RIEN à voir avec la vie la vraie, enfin la vraie raclette, telle qu’elle fut instiguée par les paysans valaisans au Moyen Âge : une demi-meule de raclette posée sur une pierre au bord du feu. Ainsi la magie peut opérer, et le fromage d’enclencher sa divine transmutation.
Il est cependant possible de se rapprocher de la manière originelle pour une expérience authentique, et ça vaut clairement le détour ! Même s’il faut prendre sa voiture et parcourir les quelque cinquante kilomètres qui séparent Grenoble du Haut-Bréda, vous ne le regretterez pas. Dans un chaleureux chalet de montagne, une salle de restaurant savamment décorée, emplie de bibelots chinés. Au centre, un immense âtre où rôtissent, à tous les services, des meules de raclette dodues. Le fromage est absolument délicieux, et la cuisson au feu de bois apporte une grâce supplémentaire au plat. Les accompagnements – patates, charcuterie et consorts – sont aussi d’excellente qualité, et ne gâchent en rien le moment idyllique, porté par un service impeccable. Pour parfaire le tableau, la formule est à volonté. Seul point pouvant vous apporter déception, il vaut mieux être prudent et réserver bien en avance à l’Auberge Nemoz, surtout durant les périodes clés – les vacances par exemple, ou s’il vient tout juste de neiger.
Auberge Nemoz
450, La Martinette (Le Haut-Bréda)
Photo © Pascale Cholette