À Grenoble, le Centre chorégraphique national et le Pacifique perdent l’intégralité de leur subvention régionale en 2026. Une décision bien difficile à avaler pour ces deux structures de danse qui demandent inlassablement des explications à la région Auvergne-Rhône-Alpes. En vain.
Il n’y aura pas de festival Impact à la rentrée cette année. Le Centre chorégraphique national de Grenoble (CCN) se voit contraint d’annuler cet événement emblématique afin de faire face à une décision brutale de la région Auvergne-Rhône-Alpes : la suppression pure et simple de sa subvention de 100 000€ pour l’exercice 2026. Au téléphone, Yannick Hugron était encore « un peu sonné », car il venait d’avoir confirmation de la triste nouvelle « par voie de presse, dans un article de mesinfos.fr », la Région ne jugeant manifestement pas utile de notifier les principaux intéressés en amont. Le co-directeur du CCN dénonce d’ailleurs un manque de concertation global : « J’ai eu un rendez-vous avec la Région au mois de janvier. On a été très honnêtes dans nos échanges, très à l’écoute de leurs demandes. Ils nous disaient alors qu’on était plutôt dans la bonne direction, qu’ils voyaient vraiment les efforts fournis, notamment en ce qui concerne le lien avec le territoire. »
Quelques mois plus tard, la douche est donc encore plus froide. Et les conséquences immédiates : « Pour limiter la casse et le déficit sur 2026, on n’a pas eu d’autre choix que d’annuler notre événement le plus coûteux, le festival Impact (un budget de 35 000€, ndlr). Cette annulation intervient alors que certains artistes ont bloqué leur planning, et possiblement refusé d’autres projets pour s’engager avec nous. Ce qui est vraiment terrible, c’est que ça retombe toujours sur les artistes à la fin », déplore Yannick Hugron. Mais cette mesure drastique ne suffit pas à rééquilibrer les comptes, d’autant que le CCN a également subi une coupe de 20 000€ de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) début mai : « On est désormais au travail pour à la fois honorer nos engagements et minimiser le déficit. On gratte les fonds de tiroirs, on cherche des solutions. Malgré tout, on ne lâchera pas notre mission d’accompagnement des artistes et on continuera à se battre pour que la création reste vivante, ouverte et libre. »
Le Pacifique à nouveau touché en 2026
Cette année, la Région a clairement décidé de s’attaquer aux structures de danse labellisées par l’État, coupant les vivres non seulement au CCN, mais également au Pacifique. Le Centre de développement chorégraphique national (CDCN) de Grenoble, après avoir essuyé plusieurs baisses de la Région depuis 2022, a lui aussi disparu de la liste des bénéficiaires, perdant sa subvention de 30 000€. Là encore sans avoir été consulté auparavant : « En janvier, la Région nous parlait d’une diminution probable, mais aucunement d’une suppression. On est dans des agissements complètement décomplexés, des décisions prises de façon unilatérale. Et ce, fin mai, alors qu’on a déjà engagé toute notre activité jusqu’à décembre 2026 et que le calendrier est déjà bien posé jusqu’en juillet 2027 », s’agace Bénédick Picot, directeur par intérim. L’incompréhension demeure totale au Pacifique qui, comme le CCN, œuvre depuis plusieurs années pour coller aux desiderata de la Région, à savoir la diffusion de spectacles en territoires ruraux : « En plus des 30 000€ de fonctionnement, on avait une enveloppe de 8000€ dédiée justement à la décentralisation vers la ruralité. Alors j’ai demandé à la Région ce qu’il en était. On m’a répondu que le dispositif était suspendu… On n’est pas à une contradiction près, mais il y a un enrobage, un emballage des discours pour essayer de justifier cette suppression qui, selon moi, est avant tout une décision politique. »
Face à ces interrogations, la région AURA se défend, toujours dans la presse : « S’agissant de lieux labellisés par l’État et largement financés par la Drac, il apparaît cohérent d’équilibrer et de réorienter les moyens de la Région vers des structures qui bénéficient directement au plus grand nombre et au tissu artistique dans son ensemble. » Difficile de ne pas percevoir, entre les lignes, une accusation d’élitisme à l’encontre du CCN et du Pacifique – l’opposition caricaturale entre « culture populaire » et « entre-soi artistique » étant très en vogue ces derniers temps, en particulier à l’extrême droite. Mais les spectateurs des précédentes éditions du festival Impact ne s’y tromperont pas : Grenoble vient de perdre un événement résolument grand public, accessible et – ça compte aussi – entièrement gratuit.
Fusion entre le CCN et le Pacifique : « Ce n’est pas du tout d’actualité »
Dans un article de Sceneweb paru le 4 juin dernier, une phrase a fait bondir les équipes du CCN et du Pacifique. « La fusion entre [le CCN] de Grenoble – doté de 100 000 euros en 2025 – et Le Pacifique CDCN, lui aussi redescendu à 0, est envisagée par la DGCA. ». Alors, l’État aurait-il décidé de mutualiser ces deux structures (ce qui s’accompagnerait, on l’imagine, d’une inévitable réduction des effectifs) ? Yannick Hugron, co-directeur du CCN et Bénédick Picot, directeur par intérim du Pacifique, contredisent d’une même voix et avec force cette affirmation : « Ça n’est pas du tout d’actualité ! C’est une rumeur que je regrette de voir sortir dans la presse, car elle génère du trouble, de la confusion et de l’angoisse au sein des salariés », précise Bénédik Picot.
Photo © Pascale Cholette