Folklore

Sur le chemin des légendes du Dauphiné

/ Par Jérémy Tronc

Les pierres ophtalmiques de Sassenage

Sassenage et ses grottes sont indissociables de la légende de la fée Mélusine. Mais une autre curiosité bien moins connue a longtemps intrigué les savants et les lettrés : les pierres ophtalmiques. Ces petits cailloux polis, ramassés au pied des falaises dans un coin que les Sassenageois appelaient le « précieusier », passaient au XVIIe siècle pour de véritables remèdes miracles contre les maux des yeux. Elles firent beaucoup et largement parler d’elles. Le président de la chambre des comptes de Grenoble, Salvaing de Boissieu, les célébrait dès 1661. Le pharmacologue Nicolas Lémery les étudia dans son ouvrage La Pharmacopée. Diderot et D’Alembert les mentionnaient dans leur Encyclopédie. Difficile de faire plus sérieux. C’est le géologue Faujas de Saint-Fond qui brisa le charme en 1774. Après des analyses minutieuses, sa conclusion fut sans appel : leur efficacité tenait uniquement à leur surface parfaitement lisse, qui leur permettait de glisser sur la cornée et d’en déloger les corps étrangers sans la blesser. De simples graviers, en somme. Au XXe siècle, les géologues achevèrent de percer leur secret : il s’agissait d’orbitolines, fossiles de micro-organismes marins nichés dans le calcaire des falaises. Ces pierres ont traversé les siècles, de cabinet de curiosités en traité savant, avant de finir classées comme de vulgaires cailloux !

La balade : Les gorges du Furon

Un grand classique de la balade dominicale, qui a le mérite d’être spectaculaire, courte, et surtout très rafraîchissante. Attention, on peut se rapprocher du cours d’eau mais ne pas s’y baigner ni simplement y tremper les pieds. Certains passages méritent une grande vigilance. Au niveau de l’entrée des cuves, possibilité de rallonger la promenade de 500 m vers l’ouest en aller-retour.

Itinéraire : Place Louis-Reverdy > chemin des Cuves > accès aux cuves par rive droite du Furon > redescente par rive gauche du Furon au niveau de l’entrée des cuves. Cheminement évident.
D+ : 100 m / 1,5 km


La rivière qui disparaît

Le 21 mars 1912, le journal Grenoble Soir publiait en page 3 un titre pour le moins intrigant : Une rivière qui disparaît. Le correspondant local rapportait qu’à La Mure, la Jonche venait de s’engouffrer brusquement dans le sol, avalée par une immense cavité dont on n’apercevait pas le fond. Le phénomène avait déjà frappé les esprits en 1853 au même endroit. Cette année-là, un entonnoir géant s’était ouvert dans le lit de la rivière, grandissant de jour en jour jusqu’à atteindre une cinquantaine de mètres de profondeur. Les habitants y précipitaient rochers, troncs d’arbres et débris en tous genres. Rien n’y fit, le gouffre avalait tout. On tenta même d’y jeter des produits colorants pour savoir où ressortaient les eaux mais elles ne ressurgirent nulle part. La population s’inquiéta d’un potentiel abîme sous leurs maisons qui un jour engloutirait tout. Dans ce contexte, les vieux récits où le diable tenait le premier rôle ressortaient des mémoires. Puis, comme en 1853, le trou se combla de lui-même, sans intervention humaine. La Jonche reprit tranquillement son cours. Les géologues ont depuis expliqué le phénomène : lors de crues violentes, le réseau karstique se fracture, créant des siphons vers la nappe phréatique, avant que les matériaux charriés ne rebouchent naturellement les fissures.

La balade : De la Méharie au Paradis

Cet itinéraire traverse de jolies forêts, parcourt des prairies panoramiques au-dessus de La Mure, avec vues spectaculaires sur l’Obiou, et bien sûr longe et franchit La Jonche via une passerelle, moment fort et rafraîchissant de cette balade.

Itinéraire : Sud de la gare de La Mure > Beauregard > Le Cimon > Le Paradis > Les Granges > Prunières > La Méharie > Le Moulin > La Mure.
D+ : 420 m / 11 km


Les chamois mystérieux du mont Aiguille

L’impression est la même aujourd’hui qu’il y a 500 ans : avec ses immenses parois parfaitement verticales, le sommet du mont Aiguille semble inaccessible. Et faute d’être escaladé, cet impressionnant monolithe calcaire a longtemps nourri les imaginations : on y logeait des nymphes, des créatures surnaturelles, tout ce que l’homme ne pouvait pas atteindre et donc pas expliquer. Cependant, en 1492, à la demande du roi Charles VIII, le capitaine Antoine de Ville releva le défi d’atteindre son sommet, ce qu’il fit avec des cordes, des échelles et des grappins. Ce qu’il y trouva le surprit autant que s’il s’était agi de nymphes : une paisible prairie où broutaient des chamois. Comment ces animaux avaient-ils pu s’installer sur un plateau que l’homme n’avait jamais foulé ? La légende locale répondait sans hésiter : c’étaient les descendants de chasseurs métamorphosés par une nymphe surprise dans son intimité. En colère, elle demanda alors l’aide des dieux pour protéger son domaine et le rendre totalement inaccessible. Les naturalistes ont cherché une explication plus rationnelle. Le chamois est un animal d’une agilité remarquable, capable de franchir des passages rocheux extrêmement raides. Des vires naturelles ou des éboulis aujourd’hui disparus ont vraisemblablement permis à ces animaux d’accéder au plateau. La science a une nouvelle fois ouvert les secrets de la montagne, mais le mont Aiguille reste, au cœur du Trièves, une silhouette mystérieuse et fascinante.

La balade : Le tour du mont Aiguille

L’itinéraire est long mais le dénivelé est réparti sur l’ensemble de la randonnée qui alterne plusieurs montées et descentes. Vous allez pouvoir admirer ce sommet atypique sous tous ses angles et découvrir quelques richesses architecturales et hameaux pittoresques du Trièves.

Itinéraire (dans le sens anti-horaire) : Hameau de Richardière > Machon > Trézanne > col de Papavet > col des Pellas > Les Pellas > Les Granges > col de l’Aupet > Richardière.
D+ : 1100 m / 18 km

Source : Les plus belles légendes de l’histoire du Dauphiné, Éric Tasset, éditions Belledonne.

Photo © Pexels / slimmars

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