Champignons

Mycologie : les jeunes pousses de la Société mycologique du Dauphiné

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Sols gorgés d’eau, ruisseaux ravivés par d’abondantes pluies, arbres qui gouttent… Ce matin, la forêt de Belledonne semble enfin se prêter à de belles poussées de champignons. « Là, ce devrait être bon », se réjouit Charles, mycologue chevronné de la SMD. « Jusqu’à présent, avec la sécheresse, c’était vraiment décevant. » L’intuition se confirme. À peine trente mètres plus loin, débutants et habitués se penchent déjà sur leurs premières trouvailles. Sous le couvert forestier, Oscar, dont c’est la première sortie avec la SMD, a déniché un spécimen au pied fin surmonté d’un petit chapeau gris-marron. Comment être sûr de son identification ? « Sens-le ! » conseille Jean, autre vétéran de l’association. « Tu verras, il sent la farine rance. C’est ce qui lui vaut son nom : Tephrocybe rancida. » Oscar répète le nom pour l’enregistrer puis pose de nombreuses questions.  Un peu plus loin, Estelle identifie une odeur d’ail assez marquée. « Dans cette espèce c’est caractéristique du marasme alliacé, Mycetinis alliaceus, son nom latin », explique Cécile Martinet, l’une des accompagnatrices de la sortie. Au milieu de la forêt, chaque identification devient une occasion de transmettre un savoir et des techniques, des habitués aux nouveaux venus. « De manière générale, il me semble qu’il y a de plus en plus de jeunes à la SMD. C’est une chance. Leur intérêt et leur investissement donnent envie aux anciens de continuer. À l’inverse, l’expertise des plus anciens est une véritable richesse pour cette discipline qui s’apprend énormément par le compagnonnage et la transmission orale », estime Cécile Martinet.

Une autre approche de la forêt

Parmi les jeunes, on rencontre Antoine. Il a rejoint l’association cette année. Il randonne depuis quinze ans, mais s’intéresse aux champignons depuis deux mois. « Je trouve ça fascinant, autant les comestibles que les non-comestibles, l’utilité que ça a dans la nature. » Pour lui, la mycologie change sa façon de marcher. « En randonnée, on vise un sommet sans prêter attention à ce qui se trouve sur le chemin. Ici, il faut observer les arbres, la végétation et les détails que l’on ne remarquait pas jusque-là. » Jacob, qui participe pour la deuxième fois, n’avait jamais cueilli de champignons avant. « C’est une approche contemplative, curieuse, et un peu scientifique de la nature. Je rencontre des personnes qui ont beaucoup de choses à nous apprendre, c’est très chouette. »
Mais il faut donner à ces nouveaux venus l’envie de revenir. Certains ne participent qu’à quelques sorties, notamment parce que Grenoble attire de nombreux étudiants et jeunes actifs de passage. Pour entretenir leur curiosité, la SMD propose des sorties le week-end et publie des comptes rendus qui permettent de retrouver les espèces observées. « Nous privilégions l’étude scientifique et la vulgarisation des champignons, ainsi que la sensibilisation du public au respect de la nature. On ne s’interdit pas les cueillettes de champignons comestibles, mais ce n’est pas l’objectif principal », tient à rappeler Cécile Martinet. L’intérêt est de toute façon ailleurs pour ces nouveaux adhérents : une découverte sensible et éclairée de leur environnement.  

Photo ©Jérémy Tronc

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