On flâne

Une journée à l'Estacade, autour du marché

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On démarre au café dans ce fameux bar au nom qu’on imagine issu d’un jeu de mots ambitieux de fin de soirée (le mystère reste entier) : le Coq-tail. À lui seul, il a entraîné le dynamisme retrouvé du quartier, ouvert tous les jours que dieu fait. L’espace est chaleureux, empli ce matin-là d’une joyeuse agitation et d’une délicieuse odeur avérée de tomates farcies qui mijotent au four. Dan fait partie des six valeureux qui reprirent ce troquet sur le déclin, qui datait des années 1940. Et ça fait dix ans déjà ! Ils ne sont plus que trois à gérer l’établissement désormais, mais toujours avec bonheur. Dix ans de rencontres heureuses, de stress mais de sourires, quelques malheureux problèmes de voisinage acoustophobe mais que de concerts formidables ! Un plébiscite du public qui a fait des petits : un ancien employé des lieux a ouvert l’Écho à quelques pas de là. Alors que l’on s’apprête à enchaîner, Dan de préciser que pour fêter cet anniversaire, le vendredi 16 octobre, se déploiera une programmation aux petits oignons : un concert de Balla Bangoura, afro mandingue moderne, suivi d’un DJ set du local de l’étape, GhenZ. On a hâte.

Filons justement vers l’Écho, à quelques enjambées – il suffit de franchir le cours Jean-Jaurès. Vous remettez ? Depuis un an, cet établissement remplace un autre petit bar de quartier, l’Univers. On lit encore le nom sur la bâche retournée. Tout comme au Coq, et pour notre plus grand plaisir, on retrouve l’ambiance chaleureuse, le bois et les ardoises. Les produits locaux dans les assiettes et les verres ; et sur les murs, des expos. Seb le patron nous raconte : son père a tenu moult affaires à Grenoble durant 40 ans et il a eu à cœur de proposer à son tour un lieu populaire, où chacun·e puisse se sentir à l’aise, avec des tarifs modérés. Rien de nouveau comme modèle sourit-il, mais une pierre à bâtir dans un quartier où il a grandi, pour faire résonner ses valeurs. Comme un écho donc. Et pour l’ornithorynque dubitatif qui figure sur l’enseigne avec sa pinte ? « Un clin d’œil à des copains, une bonne soirée. » Nouveau mystère, mais suivi d’une jolie annonce : Seb nous informe que l’artiste new-yorkais El Gant viendra avec des membres de l’Opus Crew pour une soirée rap le 7 octobre. Rendez-vous est pris !

Le grand labo

Il se fait faim et on choisit alors de se diriger vers le marché de l’Estacade. Pour cela, on longe la rue Jean-Prévost et l’ancien Viva Mexico qui va bientôt accueillir le Ptit Labo. Brûlant d’impatience, on téléphone à Jérôme, un des tôliers, qui nous en dit un peu plus sur l’avancée du projet. Si la brasserie déménage d’ici la fin d’année, il faudra attendre le printemps pour boire des bières dans la cour intérieure, et presque un an pour profiter d’une salle de concert de 150 places. Avec le bon ton de la programmation qu’on leur connaît, ça promet !

Le ventre creux, on pousse la porte de la Salumeria, institution locale des bords de l’avenue de Vizille. Une myriade de plats cuisinés rivalisent d’affriolance dans la vitrine. On reconnaît des lasagnes et des pâtes fraîches sur l’étal, des polpettes dans leur sauce tomate et tant d’autres mets alléchants. Des fans de la maison nous ont vanté leurs fameux beignets de courgette : où sont-ils ? Derrière sa caisse, le patron Mathieu Ferrera nous rassure, hilare : « Il y en aura ce week-end, mais c’est si long à préparer, on n’en fait pas tout le temps ! » Il a pris la suite de ses parents en 2018 à la tête de cette boutique fondée au début des années 80. Pour nous consoler, il nous propose une autre spécialité de la maison : la tourte sicilienne, il n’en reste qu’une part ! Une base de pâte à pizza, garnie de courgettes, mortadelle, champignons, tomate fraîche, basilic… Un délice. À accompagner d’un vin italien qu’il propose à l’épicerie, largement achalandée. « Je me fais le devoir et le plaisir de goûter chaque produit proposé ! »

J’veux du soleil !

Ensuite direction la Petite Brasserie. On traverse le marché bondé où, au carrefour, Florian Huynh propose – là encore, comme ses parents avant lui – des plats traiteur, notamment une grande variété de nems aussi abordables que délicieux. Et possiblement gratuits : personne n’a encore réussi à le battre aux échecs, sur la petite table qui jouxte son stand, mais si vous y arrivez, bingo, c’est lui qui vous régalera ! Avis aux amateurs…

Arrivé sur la terrasse, décrétée tout de go la meilleure du quartier, on peut profiter de l’ambiance du marché, et de l’exposition idéale en cette saison. « Soleil dès midi, jusqu’à l’apéro », précise Cédric le patron. Une adresse réputée pour les grands appétits : des « portions ouvriers », de très grandes salades repas, et de généreux plats typiques brasserie.

Alors que l’on bat en retraite, on repasse juste en face devant le Train Fantôme, local où des membres de l’association Ici-Même préparent une activité automnale très chargée. À retenir notamment, une intervention dans le cadre du festival de création sonore Écoute(s) au parc Bachelard, le 17 octobre prochain. À noter si vous souhaitez découvrir l’approche sensible et singulière que l’asso propose pour ressentir autrement son environnement. Et son quartier, évidemment.

Photo © Pascale Cholette

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